Pologne 2018
S’intéresser aux souvenirs d’une vie, aux endroits qui ont marqué une longue existence, aux moments gravés à jamais dans la mémoire d’une
personne. Des arrêts sur le fil du temps. Pour cette série d’images, j’ai rencontré des personnes âgées qui se réunissent dans des lieux de partage, de chant et d’écoute situés à Praga, dans ce quartier qui se modifie sans cesse. J’ai demandé à chacune des personnes de me citer une place, une rue,
un parc où elle se sent bien ; j’ai voulu suivre le même chemin qu’eux pour un instant de ma vie.
Ilona Tschümperlin, Varsovie, 19 avril 2018
Fascynacja wspomnieniami życia, miejscami, które naznaczyły długą egzystencję, chwilami wygrawerowanymi na zawsze w czyjejś pamięci. Przystanki
na ścieżce czasu. Dla tej serii obrazów spotkałam się z ludźmi wiekowymi, którzy spotykają się we wspólnych miejscach na Pradze, dzielnicy pulsującej ciągłymi zmianami. Poprosiłam każdą z tych osób, aby wymieniła mi jedno miejsce, ulicę, park, gdzie czuje się dobrze. Chciałam podążyć tą samą drogą przez chwilę mojego życia.
Ilona Tschümperlin, Warszawa 19 kwietnia 2018
Fragment de vie
Depuis quelques temps, je récolte des histoires, des parcours de vie que j’enregistre. Je rencontre des personnes âgées qui ont quitté leur demeure pour aller vivre dans un lieu « plus adapté ». J’envisage cette démarche comme un voyage à la mémoire du passé.
Au fil des rencontres, une chose me marque à chaque fois, je perçois à quel point un lieu peut symboliser toute une vie, et le fait d’être dans l’obligation de s’en séparer est une profonde douleur. Un changement, peut être vécu comme une partie de soi à abandonner. J’ai envie de revenir sur les traces du passé, à l’endroit où une femme, un homme, a dû tourner une page de sa vie pour en écrire une nouvelle. Au travers de mes photographies, je réunis un lieu, un paysage quitté, un objet rempli d’histoires, des souvenirs précieux qui sont intimement liés à un être. Lorsque je cadre leur visage dans le viseur, j’essaye de capter le bref instant où la fragilité et la sensibilité d’une personne refait surface face aux souvenirs d’une vie passée. C’est pourquoi je réalise mes images après l’entretien, afin de capter ces bribes de nostalgie qui brillent encore dans leurs yeux.
2019
C’était tout mélangé, la vie
C’était tout mélangé, la vie
En ce matin du mois de mai, le soleil brille déjà haut dans le ciel quand j’arrive à la résidence. En sortant de la ruelle, je passe devant l’une des terrasses et entends une dame entonner un air d’Edith Piaf, La vie en Rose, puis une autre qui se tient près d’elle chante la suite, et l’infirmière qui passe, prend elle aussi l’air au vol. Ce trio improvisé chante le refrain avec enthousiasme. Je continue ma marche et arrive dans la cafétéria, l’un des pensionnaires me dit bonjour comme s’il me reconnaissait. Je salue les accompagnants, et l’une des résidentes me demande comment je me porte, j’entame alors un petit tour pour saluer chacun d’eux. Certains dessinent ou lisent, d’autres jouent aux cartes, aux rubik’s cube, d’autres sont loin dans leurs pensées. C’est l’heure du thé, je m’assois sur un siège et attends qu’ils finissent pour débuter les prises de vues. Je m’immerge dans cet univers étrangement calme et me laisse moi aussi dériver dans mes pensées. Les rayons du soleil traversant les grandes vitres donnent une ambiance chaleureuse à ce lieu qui semble être d’un autre monde.Depuis quelques mois, je récolte des souvenirs, des parcours de vie que j’enregistre en image et en mot. Ces rencontres se font dans une institution de psycho-gériatrie, où vivent celles et ceux qui ont dû quitter leur demeure pour aller dans un endroit plus « adapté ». Au fil des dialogues, je m’aperçois que la notion du temps est quelque peu floue pour eux, comme s’ils ne se souvenaient que de quelques passages de leur existence. J’éprouve une certaine fascination à écouter ces récits répétés de jour en jour avec toujours ce même engouement. Lorsqu’ils m’évoquent leur passé, c’est comme s’ils sortaient de leur monde déraciné pour laisser resurgir des fragments de leur vie enfuie. J’envisage ma démarche comme un voyage à travers le temps et les souvenirs. En partant des bribes de vie réelles ou imaginées évoquées par les résidents, j’ai construit ma série d’images comme un conte photographique, avec ces personnages atypiques et leurs parcours de vie comme substance essentielle. Il est composé principalement de portraits dont j’ai imaginé les mises en scène en demeurant au plus près des histoires qu’ils m’ont confiées.
2019